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| Opération de la cataracte : des yeux presque neufs ! |
Avec le vieillissement de la population, la cataracte est devenue lopération la plus fréquente. Une nouvelle technique au nom barbare devient le traitement de choix.
A mesure que les années passent, Agnès voit de plus en plus trouble. Les contours des maisons se font flous, les visages se noient dans la brume. Elle qui aime tant conduire doit restreindre ses escapades. Surtout la nuit : la lumière léblouit au point quelle ne supporte plus léclat des phares. Un contrôle chez lopticien savère inutile : les lunettes lui sont de peu de secours. Bizarrement, même, elles ne lui sont plus nécessaires pour la lecture.
Seul remède possible : lintervention chirurgicale. Car ces symptômes plus ou moins importants selon les individus signalent vraisemblablement une cataracte. Même sa facilité à lire de près en est un signe. En effet, la baisse progressive de lacuité visuelle peut saccompagner du développement dune myopie. Dans la pratique, cela se traduit par la possibilité, pour un presbyte, de supprimer les lunettes de lecture.
Mais la cataracte, cest quoi ?
Ce nest certes pas une peau qui pousse sur lil, comme certains le croient parfois. Cest une opacification du cristallin qui empêche la lumière de pénétrer jusquau fond. Cette sorte de loupe naturelle est située juste derrière liris, le diaphragme bleu, vert, jaune ou brun qui donne la couleur aux regards, et qui est transpercé en son centre dun disque noir, la pupille, dont louverture varie avec la lumière. En fait, loeil peut être comparé à un appareil photo. Le cristallin, lentille naturelle, correspondrait à une partie de lobjectif. Et opérer la cataracte, cest changer lobjectif.
Difficile de dire combien de personnes souffrent de la cataracte en Suisse. A lexclusion des chiffres récoltés dans deux ou trois cantons, il nexiste pas encore de statistiques officielles. Mais selon les maisons qui commercialisent les implants artificiels, trois à cinq personnes sur mille sont touchées chaque année par cette affection. Vingt-cinq mille individus, le plus souvent des gens âgés, se font donc opérer chaque année dans lun des cinquante centres spécialisés dans cette chirurgie délicate. En fréquence, elle devance lappendicite, les hernies, les végétations et les varices. Parmi les complications possibles, citons linfection aigüe de lil et le décollement de rétine heureusement rares, qui peuvent conduire à la perte totale de la vision (de lordre de 1 pour 1000 opérations). La cataracte est responsable de la moitié des cécités dans le monde (voir ci-après). Mais dans nos pays riches, il y a longtemps que les gens ne deviennent plus aveugles à cause de cette pathologie.
Autrefois, on attendait que la cataracte soit « mûre » pour pouvoir lenlever avec plus de facilité. Aujourdhui, avec les nouvelles techniques, cest le contraire. On préfère opérer tôt, quand cette sorte de loupe naturelle nest pas trop dure. Car de nos jours on ne lattaque pas au laser, comme de nombreuses personnes le croient, mais avec une microforeuse extrêmement sophistiquée et coûteuse qui permet deffectuer ce quon nomme la « phako-émulsification aux ultrasons ». Cet appareil fonctionne comme un aspirateur dont la pointe détruit le cristallin et évacue hors de lil les débris émulsifiés. Seule lenveloppe de cette lentille naturelle est conservée et servira de support à limplant que lon va mettre en remplacement.
Il y a peu encore, le chirurgien ouvrait largement loeil pour sortir la cataracte. Cette grande ouverture se cicatrisait lentement et rendait les patients invalides pendant plusieurs semaines.
Toute activité physique leur était alors interdite à cause des risques douverture de la plaie. En outre, les fils gênaient considérablement la vision, car ils ne pouvaient être enlevés quaprès trois mois environ. La cicatrisation elle-même, avec ses nombreux points de suture, provoquait une déformation de la vision, un astigmatisme.
Depuis quelques années, la phako-émulsification est en train de remplacer ces anciennes techniques. Non seulement parce quelle est rapide, nais surtout parce quelle ne laisse pratiquement aucune trace dans lil, aucune cicatrice, quelle ne crée aucune déformation.
En fait, la phako, cest-à-dire la destruction du cristallin à lintérieur de lil, in situ comme disent les savants, a été développée aux USA il y a déjà une vingtaine dannées. Ce nest cependant que récemment que cette méthode sest révélée véritablement comme le traitement de choix, et cela grâce à la miniaturisation des instruments et à la mise au point de nouvelles techniques.
Plus récemment, lintroduction de lentilles artificielles souples qui, pliées ou enroulées, peuvent être insérées dans lil par la même petite ouverture que la microforeuse, a permis de perfectionner la méthode au point que lopération ne laisse quasiment aucune trace. Louverture réduite à 3 mm et demi (contre 6 mm pour un implant standard) permet en effet déviter les points de suture et dopérer de manière quasi invisible
Une opacification secondaire de la capsule (la très fine enveloppe du cristallin, soigneusement sauvegardée lors de lopération) se produit chez un opéré sur 5 dans les quelques mois ou quelques années après lopération. Cest le seul désavantage de la méthode. On y remédie facilement. Un coup de laser et lon fait éclater la capsule coupable, devenue alors inutile. Cest ce traitement tardif qui fait croire encore à de nombreuses personnes que la cataracte sopère au laser. Cette intervention de quelques 20 minutes ne se fait pas systématiquement, car elle nest pas dénuée de tout risque : même si la probabilité est faible, un décollement de rétine est toujours possible.
Heureusement, les techniques deviennent de plus en plus performantes
Aujourdhui, les personnes qui souffrent de la cataracte semblent de plus en plus nombreuses. Du fait du vieillissement de la population, certainement. Mais peut-être aussi à cause dautres phénomènes, encore inconnus. Ainsi certains spécialistes ont limpression que la cataracte est également en augmentation chez les jeunes. Les rayons UV en seraient-ils en partie responsables ? Peut-être. Dautres évoquent un trouble du métabolisme des cellules du cristallin. Mais tant que les origines ne sont pas connues mis à part quelques cas plus évidents, à la suite dun traumatisme par exemple, ou en présence dune maladie du métabolisme comme le diabète il est impossible de prévenir cette dégénérescence du cristallin, heureusement aujourdhui réparable.
Françoise M. Ducret
Journaliste
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Responsable de 17 millions daveugles
Depuis quelques années, les techniques dintervention de cataracte dans les pays industrialisés sont devenues extrêmement performantes. Et pourtant, cette opacification du cristallin reste la principale cause de cécité dans la plupart des pays dAfrique et dAsie. Elle est responsable de quelque 17 millions daveugles ! LOrganisation Mondiale de la Santé veut éliminer lapparition de ces souffrances inutiles. Ce pari nest pas totalement fou, puisque la cataracte sopère relativement facilement.
La technique, simplifiée à lextrême pour des raisons financières évidentes, consiste à extraire le cristallin dun coup de scalpel puis, le plus souvent, de refermer lil sans mettre dimplants artificiels.
La correction optique se fait par le port de lunettes à gros verres comme on le faisait chez nous il y a quelques décennies. De temps en temps, on place quand même dans loeil une lentille artificielle mais dune conception très rudimentaire. Pour mettre sur pied une unité chirurgicale de base, mobile, il faut compter 11000 dollars. Lintervention chirurgicale elle-même revient entre 20 et 30 dollars (contre 2000 à 5000 francs dans notre pays). |
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Le chirurgien, qui travaille au microscope, pénètre dans lil par une toute petite incision de 3 mm et demi. Elle est si habilement faite, et si minuscule, quelle se refermera toute seule à la fin de lopération, sans quil soit besoin de la suturer. Puis il pratique une ouverture de 6 mm environ dans la capsule du cristallin et il introduit la microforeuse (1). En vibrant, cet appareil de phako-émulsification à ultrasons fragmente la masse du cristallin. Il en aspire également les débris tout en infusant du liquide physiologique afin de maintenir constants la pression et le volume de lil
Bref, une petite merveille de la technique qui fait à la fois office de concasseuse, daspirateur et de fontaine, mais aussi une machine redoutable dans des mains inexpérimentées. Une fois à lintérieur du cristallin vidé, le chirurgien qui a soigneusement conservé intacte la plus grande partie de lenveloppe introduit alors limplant souple, plié en deux ou enroulé comme les feuilles dun cigare, par le trou où avait pénétré la foreuse (2). Une fois à lintérieur, la lentille artificielle se déploie (3) et remplit lhabitacle (4).
Et cest tout : cest à peine si un oeil exercé aperçoit un léger flou là où lil fut percé. A la fin de lopération, il ne garde quasiment aucune trace de lintervention. |
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